La biodiversité à Chambéry

Située entre plusieurs massifs alpins, traversée par des cours d’eau, ponctuée de parcs et jardins, Chambéry abrite une biodiversité remarquable mais fragile, en centre-ville comme en périphérie.

Parc de l'Étincelle
© Caroline de Fréminville

Petit rappel de sciences naturelles

La biodiversité est le tissu vivant de notre planète, formé de tous les êtres vivants et des milieux dans lesquels ils vivent, tous étroitement liés les uns aux autres. Nous, les humains, sommes l’un des fils de ce tissu.

La biodiversité crée les conditions indispensables pour rendre la Terre habitable : elle purifie l’eau et l’air, nourrit les sols, régule le climat, offre aux sociétés humaines les matériaux et la nourriture dont elles ont besoin. La biodiversité contribue aussi au contrôle des maladies, et nous inspire par sa richesse ! C'est ce que l'on appelle des « services écosystémiques ». En préservant la diversité des gènes, espèces et écosystèmes, nous protégeons notre santé, notre environnement et l’avenir des générations futures.

Des milieux passés à la loupe

La Ville de Chambéry, avec le soutien du Département de la Savoie, a réalisé en 2023 et 2024, un Atlas de la Biodiversité Communale (ABC) : un ensemble d’inventaires des milieux et des espèces sur un territoire donné.

Les études ont été menées par la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) et le Conservatoire Botanique National Alpin (CBNA).

Des forêts de la Calamine aux prairies de Buisson rond, en passant par les berges de la Leysse et les espaces bâtis, chaque milieu joue un rôle écologique et abrite des espèces spécifiques. Les inventaires permettent de mieux les comprendre. Ils facilitent leur prise en compte dans la gestion et l’aménagement de la ville.

Les continuités écologiques : un réseau de chemins végétaux et aquatiques

Les continuités écologiques désignent les connexions entre les milieux naturels (forêts, rivières, zones humides, prairies…) qui permettent aux espèces animales et végétales de circuler librement, de se reproduire et d’accéder aux ressources nécessaires à leur survie.

Ces continuités s’appuient sur deux catégories d’éléments :

  • D’une part, des « réservoirs » de biodiversité, c’est-à-dire des espaces où les espèces peuvent s’épanouir durablement,
  • D’autre part, des « chemins » ou passages, qui relient les réservoirs entre eux.
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© Biotope
La zone urbaine de Chambéry, fortement minéralisée, constitue un obstacle majeur à la circulation de la vie entre les grands espaces naturels qui l’entourent, réservoirs de biodiversité. À l'est, le Massif des Bauges (1) et à l'ouest la Chartreuse (2) sont deux parcs naturels régionaux qui abritent des écosystèmes riches et fragiles. Au nord, les zones humides et le lac du Bourget (3) sont classés site Ramsar (zones humides d’importance internationale) et comptent de nombreux sites naturels gérés et préservés.

Des réseaux végétaux et aquatiques existent néanmoins sur notre territoire. La Leysse, l'Albanne et l’Hyères coulent sur le territoire telles des routes aquatiques. Poissons, canards, amphibiens, libellules ou castors, certaines espèces utilisent les cours d’eau pour se déplacer ou s’y reproduisent.

Les espaces verts à Chambéry tissent d’autres chemins : les passereaux (mésanges, rouges-gorges…) peuvent utiliser la canopée des arbres en centre-ville, quand les renards ou les chevreuils préfèrent sortir la nuit, dans le calme des parcs de la Calamine ou de Buisson rond. Ces trames existantes constituent une richesse à protéger et à consolider pour mieux relier la ville aux espaces naturels qui l’entourent.

Préserver la nuit pour protéger la biodiversité

Depuis toujours, animaux, plantes et humains, sont synchronisés sur le rythme naturel du jour et de la nuit. La lumière du soleil sert de signal à de nombreux comportements et mécanismes biologiques.

Éclairage nocturne sur la Leysse
© Tommaso Morello
L'éclairage artificiel nocturne brouille ce cycle en simulant un jour plus long. Ses effets sont nombreux et bien connus : les insectes nocturnes sont piégés autour des lampadaires, certains oiseaux se mettent à chanter la nuit tandis qu’à l’inverse, les grenouilles mâles cessent de chanter à la saison des amours, ce qui affaiblit leur succès reproducteur ! Pour certains poissons, une lumière directe sur la rivière est perçue comme une barrière infranchissable.

Bonne nouvelle ! Ces perturbations s’arrêtent dès que la lumière s’éteint. Et lorsqu’un éclairage est nécessaire, on peut réduire son impact en choisissant des teintes plus orangées (1800–2200 K), en limitant la puissance et en éclairant que ce qui est vraiment utile.

À Chambéry, l’éclairage public prend en compte cette dimension pour que la nuit reste un refuge pour la faune et un vrai temps de repos pour tous.

Le saviez-vous ?

13 espèces de Chauves-souris ont été recensées à Chambéry dans le cadre de l’Atlas de la Biodiversité Communale. Ce sont des espèces protégées. Les inventaires ont été réalisés à l’aide d’enregistreurs acoustiques, qui captent les ultrasons émis par les chauves pour se repérer dans l’espace.

Quelques curiosités à observer à Chambéry

Quand le castor montre le chemin…

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Indices de traces de castors repérées dans le parc de Buisson Rond
© Biotope

Des traces de castor, venus du lac du Bourget ont été observées le long de l’Albanne dans le Parc de Buisson Rond. Cette présence est un signal fort : elle montre que certaines espèces parviennent encore à circuler à travers la ville, malgré l’urbanisation et la couverture de la Leysse en centre-ville. En suivant les cours d’eau et en s’appuyant sur des espaces de tranquillité comme les parcs urbains, la faune peut ainsi trouver des passages lui permettant d’accéder à de nouveaux territoires.

La tufière, une source pétrifiante au parc de la Calamine

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Tufière de la Calamine
© Biotope

La tufière se forme au contact des eaux émergentes de la fontaine Saint-Martin. Cet habitat rare prodigue des bienfaits à l’ensemble de la forêt. Ici, l’eau dépose de fines concrétions appelées tufs, sur lesquelles se développent de beaux coussins de mousses. Cet ensemble, nommé tufière, offre des habitats précieux à de nombreuses espèces. Les tufières sont des habitats rares et vulnérables qui subissent de fortes pressions liées aux activités humaines (pollution de l’eau, assèchement du milieu…). La végétation et la faune du parc dépendent directement de ce milieu fragile.

Merci de ne pas piétiner la tufière et de ne laisser aucun déchet afin de préserver cet écosystème exceptionnel.

Le saviez-vous ?

La Salamandre tachetée trouve dans les boisements ombragés et humides un habitat idéal. Discrète, elle se cache souvent sous les pierres, feuilles ou troncs en décomposition. Elle dépose ses larves aquatiques dans une flaque ou une vasque rocheuse en bordure des ruisseaux.

La salamandre tachetée est une espèce protégée, tout comme l’ensemble des amphibiens (grenouille, alyte accoucheur…). Pour les protéger, attention à ne pas piétiner les abords des cours d’eau.

Salamandre tachetée
© Biotope

Les premières fleurs en sous-bois, une ressource pour les pollinisateurs

Dans les parcs boisés de Chambéry, les plantes vernales assurent les toutes premières floraisons en sous-bois au début du printemps, souvent même avant le développement des feuilles sur les arbres. Profitant de la lumière encore abondante au sol, elles sont les premières à débuter leur cycle. Ces floraisons précoces (ail des ours, petite pervenche, lierre terrestre) sont vitales pour les insectes : à une période où la nourriture est rare, elles leur offrent les premiers nectars et pollens de l’année. En retour, ces insectes pollinisateurs assurent la reproduction de ces plantes, participant ainsi au réveil printanier de la forêt.

De discrets colocataires

À nos côtés, au cœur de Chambéry, existe une biodiversité insoupçonnée qui se loge dans les moindres recoins. Au fil des siècles, certaines espèces se sont adaptées à des environnements urbains et dépendent directement de nos constructions pour vivre. On parle d’espèces inféodées au bâti.

Oiseaux et chauves-souris habitent nos constructions !

Martinet noir

Combles, greniers, toitures, débords de toits, fissures ou encore bardages en bois offrent gîte et abri à plusieurs espèces protégées, comme l’hirondelle de fenêtre, le martinet noir ou encore le petit rhinolophe (une chauve-souris). La végétation urbaine permet, quant à elle, le développement d’insectes dont se nourrissent ces espèces. Préserver l’ensemble de ces habitats au sein du bâti devient ainsi un enjeu essentiel pour la conservation de cette faune familière mais fragile.


Vivre ensemble

À Chambéry, la cohabitation avec la faune a pris une forme concrète : des nichoirs pour le martinet noir ont été installés sur différents bâtiments municipaux. Ces dispositifs discrets, constitués de plusieurs compartiments et disposés en hauteur et à l’abri du toit, permettent de reproduire une cavité artificielle dans laquelle l’espèce va trouver refuge.

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Nichoirs à martinets noirs installés sur les bâtiments municipaux
© Biotope

Le saviez-vous ?

La rénovation du bâti peut devenir un vrai problème pour les espèces inféodées aux bâtiments. L’uniformisation des façades avec des surfaces lisses, sur lesquelles les hirondelles peinent à accrocher leur nid, la suppression de la végétation (lierre, plantes grimpantes) et la fermeture des anfractuosités éliminent de nombreux sites de repos, de reproduction et d’abri. Le bâti devient moins accueillant pour la biodiversité qui en dépend.

Des solutions existent ! N’hésitez pas à solliciter la Ligue de Protection des Oiseaux pour bénéficier de conseils afin de rénover tout en préservant la biodiversité.

Des paysages vivants au service de la biodiversité

Les grands parcs de Chambéry (Buisson rond, l’Étincelle, Les Monts, etc.) réunissent sur un même site des haies champêtres, de petits boisements ainsi que de grandes prairies de fauche. Ces milieux variés, gérés de manière respectueuse et différenciée, offrent à la fois des paysages changeants au fil des saisons et un refuge précieux pour la biodiversité. Ils contribuent au maintien d’une continuité écologique entre les massifs des Bauges et de la Chartreuse.

Le saviez-vous ?

Plus de 100 espèces végétales différentes ont été identifiées sur la prairie de Buisson Rond ! En partenariat avec des agriculteurs locaux, elle est fauchée une fois par an au mois de juin. Certaines zones sont laissées en herbes hautes tout au long de l’été, en faveur de l’activité des insectes et coléoptères. Une vingtaine d’espèces de papillons y ont été recensées.

Parc de Buisson Rond
© Didier Mazué

Exemples d'espèces sauvages présentes à Chambéry

  • Grosbec casse-noyaux - ©A. Morffew
  • Abeille domestique - ©A. Fabiani Phb
  • Petit rhinolophe - ©X. Ruffray
  • Salamandre tachetée - ©M. Geniez
  • Renard roux - ©O. Larrey
  • Harle Bièvre - ©O. Larrey
  • Calopteryx vierge - ©M. Prat
  • Bourdon des champs - ©Ivar Leidus
  • Pic épeiche - ©O. Larrey
  • Hérisson d'Europe - ©T. Luzzato/Biotope
  • Grenouille rieuse - ©V. Rufray
  • Aurore - ©T. Menut
  • Tircis - ©G. Tavan

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